Criquet migrateur (Locusta migratoria) : fiche d’élevage complète

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Criquet migrateur (Locusta migratoria) : la fiche d’élevage

Le criquet migrateur est un insecte nourricier simple à produire chez soi : il lui faut de la chaleur, de la lumière et de l’herbe fraîche. Avec deux bacs et une ampoule chauffante, tu peux tenir un élevage autonome qui te sort des proies de toutes tailles toute l’année. Voici comment monter et faire tourner ton élevage de criquets, de la ponte à l’adulte.

Criquet Locusta migratoria vue de face sur une branche

Criquet migrateur adulte – Yann Bazemont

Les infos clés

Le criquet migrateur

Le criquet migrateur (Locusta migratoria) est un orthoptère de la famille des acrididés, originaire d’Afrique et présent dans toutes les zones chaudes du globe, jusqu’au sud de l’Europe. C’est un locuste, c’est-à-dire une espèce capable de former des essaims migrateurs quand les densités de population explosent. Rien de tout cela dans un bac d’élevage, rassure-toi.

C’est une espèce de bonne taille, ce qui en fait une proie de choix pour les gros insectivores : le mâle mesure 35 à 50 mm et la femelle 45 à 52 mm. Les stades larvaires te fournissent en prime toutes les tailles intermédiaires, du criquet de quelques millimètres à l’adulte ailé.

Mâle adulte 35 – 50 mm, jaunit à maturité
Femelle adulte 45 – 52 mm, valves de ponte au bout de l’abdomen

Le dimorphisme reste discret tant que les criquets ne sont pas matures. Le repère le plus fiable se trouve au bout de l’abdomen : la femelle porte des valves de ponte courtes et robustes, qui lui servent à creuser le sol, là où l’abdomen du mâle se termine par une extrémité arrondie et lisse.

Pourquoi certains criquets sont-ils orange ?

Le criquet migrateur présente un polymorphisme de phase : son apparence change selon la densité de population dans laquelle il grandit. En faible densité, il reste en phase dite solitaire, verte ou brune, discrète et parfaitement inoffensive pour les cultures. Quand les individus s’entassent, il bascule vers la phase grégaire, aux couleurs bien plus contrastées, avec des larves marquées de noir et d’orange vif.

En élevage domestique, tu obtiendras le plus souvent des animaux à mi-chemin entre les deux, plus ou moins colorés selon la densité de ton bac et la température. Ce n’est ni un problème sanitaire ni un défaut de maintenance.

Criquet ou sauterelle : quelle différence ?

C’est la confusion la plus répandue, et elle est facile à lever : le criquet a des antennes courtes, la sauterelle a de très longues antennes. Les deux appartiennent bien à l’ordre des orthoptères, mais ce sont deux sous-ordres différents.

  • Antennes : courtes chez le criquet, souvent plus longues que le corps chez la sauterelle.
  • Chant : le criquet frotte ses pattes arrière contre ses ailes, la sauterelle frotte ses deux ailes l’une contre l’autre.
  • Ponte : la femelle criquet enfouit ses œufs dans le sol, la sauterelle possède un long oviscapte en forme de sabre.

Concrètement, si tu cherches à monter un « élevage de sauterelles » pour nourrir tes animaux, c’est presque toujours d’un criquet dont tu as besoin.

Et le criquet pèlerin ?

Le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) est l’autre espèce couramment élevée, notamment en animalerie. Tout ce qui suit s’applique presque à l’identique : mêmes besoins en chaleur, en lumière et en végétaux frais. Je me concentre ici sur le criquet migrateur, mais tu peux transposer sans crainte.

Pourquoi élever des criquets chez soi ?

  • Pour nourrir un animal insectivore : acheter des criquets à 3 € la boîte devient rapidement coûteux sur le long terme. La qualité n’est pas toujours au rendez-vous, et il arrive d’arriver en animalerie sur une rupture de stock. En avoir chez toi règle les trois problèmes d’un coup.
  • Pour pratiquer l’entomophagie : les insectes vendus pour la consommation humaine restent chers. En les élevant toi même, tu maîtrises exactement ce dont ils ont été nourris.
Criquet migrateur adulte ailé posé sur une tige végétale
Un criquet migrateur adulte : les ailes développées signent la fin de la croissance – Theo Richard

De quoi as-tu besoin pour démarrer ?

Le matériel est minimal et se trouve en grande partie chez toi.

  • Au minimum deux bacs d’élevage : terrarium, aquarium ou simple boîte en plastique, peu importe. Ce qui compte est le volume : compte 30x30x30 cm au grand minimum, et vois plus grand si tu veux produire beaucoup. Le second bac servira à l’incubation des œufs.
  • Une ampoule chauffante de 40 ou 60 W : je t’explique plus bas pourquoi une ampoule et pas un tapis.
  • Des cachettes et du décor : des boîtes à œufs font office de HLM à criquets. Ajoute quelques branches mortes comme perchoirs : les criquets pourront s’approcher de la source de chaleur et surtout muer plus facilement, suspendus dans le vide.
  • Des pondoirs : plusieurs pots d’au moins 10 cm de haut, du sable et de la tourbe. Il en faut plusieurs pour organiser un roulement, j’y reviens dans la section reproduction.

Prévois aussi une ventilation. Un bac fermé et confiné vire à l’odeur et aux maladies en quelques jours. Une grande surface grillagée en haut du bac règle le problème.

Que mangent les criquets ?

Les criquets sont strictement végétariens : ils se nourrissent d’herbe fraîchement coupée et de jeunes pousses. C’est la base de leur alimentation, elle est gratuite et disponible toute l’année.

Commence par le plus facile : l’herbe fraîche. Tu en trouves partout, et elle ne coûte rien. Vérifie simplement qu’elle ne provient pas d’une zone traitée aux pesticides ou d’un bord de route.

Les jeunes pousses ont encore plus de succès, surtout dans les petits élevages : elles sont tendres, faciles à consommer et riches en nutriments.

  • Blé
  • Épinard
  • Mâche
  • Roquette

Tu peux ajouter en complément, jamais en nourriture principale, de la nourriture pour poissons pour enrichir la ration. C’est aussi le levier du gut-loading : ce que mangent tes criquets dans les 24 heures avant d’être distribués se retrouve directement dans l’assiette de ton insectivore. C’est un sujet sur lequel je prépare des choses.

Comment leur donner à boire ?

Plusieurs techniques fonctionnent bien, à toi de choisir selon ton rythme.

  1. L’apport par les fruits : pomme, orange, poire, banane. Il faut les changer quotidiennement, sinon ils pourrissent.
  2. Une petite coupelle d’eau : les criquets font parfois leurs besoins dedans, il faut donc la renouveler souvent.
  3. Une éponge ou du coton humidifié : la solution la plus simple à nettoyer et à remplacer.
  4. Eau gelifiée : la solution idéale, elle permets d’hydrater les insectes sans risques de noyade.

Quelle température pour un élevage de criquets ?

Les criquets migrateurs sont originaires d’Afrique, et il y fait nettement plus chaud que chez nous. Voici les valeurs à viser.

  • Température de jour : 30 à 35°C
  • Température de nuit : 20 à 25°C
  • Hygrométrie : 40 à 50 %, avec une ventilation forte

Dans le matériel, je t’ai demandé une lampe chauffante plutôt qu’un tapis ou un fil. La raison est simple : contrairement aux grillons ou aux blattes, les criquets sont diurnes. La lumière est indispensable au bon fonctionnement de l’élevage, pas seulement la chaleur.

Autant faire d’une pierre deux coups. Une ampoule de 40 à 60 W placée en haut du bac, à l’intérieur ou juste au dessus, apporte les deux en même temps. Elle crée surtout un gradient thermique : chaque criquet se place à la distance qui lui convient et règle lui même la température à laquelle il souhaite se réchauffer. C’est bien plus sain qu’une chaleur uniforme.

Criquet migrateur en gros plan montrant ses antennes courtes caractéristiques
Les antennes courtes et épaisses distinguent au premier coup d’oeil le criquet de la sauterelle – Yann Bazemont

Comment se reproduisent les criquets ?

Toute la reproduction repose sur un seul élément, celui que je t’ai promis d’expliquer : le pondoir.

L’abdomen de la femelle double de taille au moment de la ponte, ce qui te donne une idée de la profondeur nécessaire. Sélectionne des récipients de 10 à 15 cm de haut minimum, la forme n’a aucune importance.

Remplis le pondoir de tourbe blonde ou de sable, qui doit rester humide en permanence. Humide, pas détrempé : il ne faut pas créer un marécage au fond du pot.

La ponte dure en moyenne 3 heures : environ 1 h 30 pour creuser le trou et faire son nid, 30 minutes pour pondre, puis 1 heure pour se retirer et reboucher. À chaque ponte, la femelle ne dépose pas un œuf mais un lot de 60 à 120 œufs, appelé oothèque.

Si tu gères bien ton élevage, il va énormément proliférer.

Le roulement des pondoirs

Chaque semaine, retire le pondoir et place le dans le second bac, celui que tu gardes vide. Remplace le immédiatement par un pondoir neuf dans le bac principal, le temps que les œufs éclosent. L’incubation dure en moyenne 3 semaines, après quoi tu verras sortir une foule de petits criquets.

Pour chauffer ce bac d’incubation, un tapis chauffant suffit : il n’y a pas encore de criquets vivants dedans, le cycle jour et nuit n’a donc aucune importance. En revanche, maintiens la chaleur au dessus de 30°C en permanence, sans quoi les œufs risquent de ne pas se développer.

Combien de temps vit un criquet ?

Dans un élevage correctement chauffé, un criquet migrateur vit environ 4 à 6 mois au total, dont 2 à 4 mois à l’état adulte. Le cycle complet, de l’œuf à l’adulte reproducteur, prend une dizaine de semaines.

  • Œuf : environ 3 semaines d’incubation au dessus de 30°C
  • Stades larvaires : 4 à 8 semaines, avec 5 mues successives (parfois 6 chez la femelle)
  • Adulte : maturité sexuelle atteinte environ 15 jours après la dernière mue, puis plusieurs mois de vie reproductive

Toutes ces durées dépendent directement de la température. Plus il fait chaud, plus le développement est rapide. C’est ton principal moyen de gérer si tu veux accélérer ou ralentir la production.

La croissance passe intégralement par la mue : le criquet ne peut grandir qu’en abandonnant sa cuticule (son ancienne peau), suspendu à un perchoir. C’est le moment le plus fragile de sa vie, et la raison pour laquelle les branches mortes ne sont pas décoratives. Si le sujet t’intéresse, j’ai écrit un guide complet sur la mue des arthropodes.

Faut-il séparer les stades ?

Certains éleveurs séparent les stades : les adultes dans un bac, les moyens dans un deuxième, les petits dans un troisième. Le choix dépend surtout de la taille de ton élevage et de tes besoins en proies.

Séparer permet un contrôle rigoureux et un tri très facile des proies par taille, mais prend beaucoup plus de place. Ça ne se justifie que sur les gros élevages.

Si tu restes sur un petit élevage, ce n’est pas utile. Contrairement à l’élevage de grillons, le cannibalisme est bien plus faible chez le criquet et tu n’as pas grand chose à craindre à faire cohabiter toutes les tailles.

Plusieurs criquets Locusta migratoria de stades différents dans un bac d'élevage
Dans un petit élevage, tous les stades peuvent cohabiter sans risque de cannibalisme – Theo Richard

L’entretien au quotidien

Pour que ton élevage tourne bien et ne sente pas mauvais, quelques gestes quotidiens suffisent. Ça prend deux minutes, mais ce sont les gestes indispensables.

  • Changer la nourriture, pour éviter la pourriture
  • Enlever les mues et les cadavres
  • Remettre de l’eau, selon le moyen que tu as choisi
  • Humidifier les pondoirs

Et une fois par semaine, deux gestes de plus te donnent un élevage parfait.

  • Retirer les déjections
  • Changer les pondoirs

Où acheter des criquets ?

Le criquet migrateur se trouve facilement, en animalerie comme en ligne chez les revendeurs spécialisés en insectes nourriciers. Il est vendu par boîte, calibré par taille, généralement du stade L2 à l’adulte.

Pour démarrer un élevage plutôt qu’un simple nourrissage, achète directement des adultes ou des subadultes : tu obtiendras des pontes en quelques jours au lieu d’attendre deux mois. Une trentaine d’individus suffit largement à lancer une production autonome.

Si le criquet ne correspond pas à ce que tu cherches, d’autres insectes nourriciers couvrent des besoins différents : les drosophiles pour les toutes petites proies, les vers de farine pour un élevage sans odeur, et les Zophobas morio pour les grosses proies riches.

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Remerciements

Je tiens à remercier Theo Richard et Yann Bazemont qui m’ont permis d'utiliser leurs photos pour illustrer cet article.

5 commentaires

    • Bonjour,
      Je suis désolé je sais pas ce qu’est le « criquet des prés »,
      En effet en France nous avons plein d’espèces d criquets sauvages donc impossible de savoir duquel vous parlez,
      De plus ils ne sont pas forcément adaptés à l’élevage

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