Iule géante : Archirostreptus gigas

Au vu du manque de littérature scientifique sur le cycle de vie de cette espèce, les éléments présentés ci dessous sont pour la plupart issus de l’excellent article « The giant African millipede, Archispirostreptus gigas (Diplopoda: Spirostreptida), a model species for ecophysiological studies » de Vladimír Šustr, Karel Tajovský, Stanislava Semanová,
Alica Chroňáková & Miloslav Šimek. Ils seront complétés avec des témoignages d’éleveurs amateurs, indiqués alors en italique.

Généralités :

Iule géante

           Archirostreptus gigas (Peters, 1855) est le plus long diplopode connu. Son corps, composé d’une cinquantaine à une soixante-dizaine de segments chez l’adulte, mesure de 13 à 32 cm pour les individus les plus longs jamais découverts. Leur couleur est brune tirant sur le noir, les mâles étant plus petits et plus foncés que les femelles. Le dimorphisme sexuel s’observe également par la présence de deux gonopodes sur le septième segment des mâles (en partant de la tête), qui ne présentent alors pas de pattes à cet endroit.

Leur espérance de vie semble comprise entre 5 et 10 ans.

            Ils fréquentent aussi bien les savanes sèches avec une saison des pluies marquées que les forêts tropicales humides d’Afrique de l’Est, du Kenya jusqu’au Mozambique. Comme d’autres spirostreptides adultes de savane, cette espèce est active en surface durant les nuits de saisons des pluies. Lors de la phase de repos en journée ou bien afin de se protéger des prédateurs, ces iules adoptent une position enroulée (qui semble durer plus longtemps en cas d’agression chez les mâles) et/ou sécrètent un liquide répulsif via des glandes situées sur les segments. Ces glandes auraient probablement en plus des propriétés antifongiques, antibactériennes ou anthelminthiques (antiparasites) comme cela a déjà été enregistré pour d’autres spirostreptidés.

Archirostreptus gigas

            A. gigas porte souvent sur lui des acariens qui se logent et se développent entre ses pattes. Leurs habitudes alimentaires sont inconnus, toutefois certains éleveurs soutiennent le fait que ces commensaux se nourriraient en parti de la mue de leur hôte, l’aidant ainsi à s’en débarrasser. Cette espèce peut aussi être porteuse de parasites , notamment des nématodes. Certains sont exclusivement d’origine Africaine, il convient donc de ne pas se débarasser des cadavres d’A. gigas ni leur substrat d’élevage dans la nature et de les congeler entièrement avant de les jeter, afin de limiter le risque d’importations de ces nématodes en Europe.

Alimentation :

            Omnivore, cet iule se nourrit de végétaux en décomposition ou frais, comme de la laitue, de la tomate, du melon, du concombre, de la pêche, de la banane, du plantain, certaines céréales… Ils se nourrissent aussi de la litière de feuilles mortes, même s’ils préfèrent les fruits et légumes donnés aux restes de chênes et d’érable. Une source de calcium doit être ajoutée à l’alimentation, comme un os de seiche à disposition dans le terrarium. Les adultes seraient également friands d’insectes morts. Un apport d’eau n’est pas nécessaire, cette espèce trouvant ce dont elle a besoin dans ses aliments à condition qu’ils en contiennent assez. Une gamelle d’une faible profondeur peut néanmoins être ajoutée.

Reproduction/Maintien d’Archirostreptus gigas :

La reproduction est un point délicat mais néanmoins essentiel qui n’est malheureusement pas largement maîtrisé à l’heure actuelle en captivité, tous les A. gigas trouvables sur le commerce étant importés. Cela ne semble cependant pas impossible, à conditions de respecter ce que l’on sait actuellement sur le développement de cette espèce :

– La reproduction ne semble pas compliquée à partir du moment où les conditions de maintiens sont

  respectées.

– Une séquence d’accouplement a déjà été observée et filmée, elle dure environ 35 minutes. Ces accouplements n’ont lieu qu’au printemps et à l’automne, étant probablement synchronisés avec les changements de saisons in natura.

– Une ponte peut être déclenchée en simulant une courte période de sécheresse suivie d’une augmentation de l’humidité.

Des œufs de 2,5 mm sont ensuite déposés dans un trou creusé dans le substrat, chacun d’eux étant encapsulé dans une oothèque réalisée à partir d’excréments servant probablement de protection contre la dessication. Il arrive cependant que certains œufs soient trouvés nus dans le substrat. L’éclosion à lieu dans un intervalle d’1 à 2 mois. La larve sortant de cet œuf va demeurer à l’intérieur de l’oothèque durant ses premiers stades de développement. Par la suite, le jeune iule va grandir en gagnant environ 5 segments à chaque nouvelle mue, et deviendra mature à l’âge de 2 ans. Ces mues semblent synchronisées avec les conditions climatiques, notamment les changements annuels de températures.

Au vu de ces informations, il peut être proposé un protocole de reproduction et de croissance (cette méthode n’a pas encore été testée à ma connaissance dans le hobby, n’hésitez pas à la mettre en œuvre pour confirmer ou non son efficacité) :

Période de l’annéeOctobre-MarsAvril-Septembre
Saison imitée *Saison sèche et fraîcheSaison chaude et humide
Températures à maintenir18-22°C27-30°C
Hygrométrie 70-80 %80-90 %

Tableau des valeurs moyennes attendues en captivité pour le maintiens d’A. gigas, basées sur la météorologie de la Tanzanie.

*Les saisons que l’on cherche à imiter en captivité en Europe sont inversées par rapport au milieu naturel pour des raisons pratiques : il sera plus facile de maintenir une température élevée durant notre été, et inversement durant notre hiver. Le décalage de saison par rapport au milieu naturel ne devrait pas impacter le maintiens des iules, mais risque de compromettre la reproduction la première année.

            Au moment de l’achat/adoption, les iules devront être placées dans un terrarium d’au moins 3 fois la longueur de l’animal, possédant les paramètres décrits ci-dessus. Il devra contenir au moins 10 cm de substrat afin que les animaux puissent y creuser pour pondre. Des morceaux d’écorce devront être mis à disposition pour qu’ils puissent s’y cacher la journée.

Terrarium Archirostreptus gigas

En période sèche, A. gigas entre en estivation et peut présenter une absence d’activité prolongée (observée chez moi) ; cela semble normal. Je n’ai par exemple pas observé ma femelle s’alimenter durant plusieurs semaines, son activité a repris avec l’arrivée de la période humide et chaude. Il faudra cependant toujours leur fournir une alimentation durant cette période, il n’est pas à exclure qu’ils continuent de s’alimenter mais plus brièvement, ce qui ne permet pas de les observer avec leurs mœurs nocturnes.

Il peut être proposé deux terrariums, l’un pour la saison humide dans lequel les iules devraient manifester beaucoup d’activité nocturne, un autre servant pour l’estivation. Avec d’avantage d’aération pour limiter l’hygrométrie, il peut s’agir d’une simple boîte en plastique avec de la moustiquaire comme couvercle. Cela permet de maintenir cette espèce en terrarium communautaire lors de sa saison d’activité, avec par exemple des isopodes ou d’autres espèces compatibles avec elle et une humidité élevée. Les accouplements devraient logiquement se dérouler dans les périodes de transitions entre les saisons, il peut donc être intéressant de modifier progressivement sur 2 ou 3 semaines les paramètres.

Fiche réalisée par Chamallow_Sauvage, 07/2022

J’espère que cet article t’a plu, il fait parti d’un évènement ou j’invite mes lecteurs à partager leur expérience sur ce blog pour leurs espèces préférées, si tu as des question n’hésites pas à les poser dans les commentaires, et si tu veux participer à cet évènement n’hésites pas à rentrer en contact avec moi !

Si tu souhaites lire en découvrir plus sur d’autres espèces de iules, n’hésites pas à lire mon article sur les iules en cliquant ici.

Bibliographie :

Šustr, V., Tajovský, K., Semanová, S., CHROňÁKOVÁ, A., & Šimek, M. (2013). The giant African millipede, Archispirostreptus gigas (Diplopoda: Spirostreptida), a model species for ecophysiological studies. Acta Soc Zool Bochem, 77, 145-158.

Photos :

Frederic Boce

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