Élevage de Lasius niger : la fourmi noire des jardins, de la reine à la colonie
Lasius niger, la fourmi noire des jardins, est l’espèce idéale pour un premier élevage de fourmis : tu peux capturer une gyne toi-même en été, la faire fonder dans un simple tube à essai, et suivre la colonie pendant des années. Les Lasius niger étaient aussi mes premières fourmis.
Fondation de Lasius niger en tube à essai – Aubin Bernard
Les infos clés
Eau miellée ou sirop de sucre dilué en permanence, plus des proies fraîches tuées : drosophiles, jeunes grillons, morceaux de crevette décongelée non assaisonnée.
Lasius niger, la fourmi noire des jardins
Lasius niger est la petite fourmi noire que tu croises tous les jours : sur le trottoir, dans les joints du carrelage de la terrasse, sous une pierre du jardin. C’est l’une des fourmis les plus répandues d’Europe, et sa distribution naturelle est paléarctique, de l’Écosse au Japon et jusqu’en Afrique du Nord. Elle niche dans le sol des milieux ouverts et ensoleillés, et elle suit l’homme partout : pelouses, parcs, dallages, jardinières.
C’est souvent par elle que commence la passion pour les fourmis, parce qu’elle est facile à trouver, résistante, et suffisamment active pour rendre un formicarium vraiment vivant. Une colonie mature de Lasius niger compte 4 000 à 10 000 ouvrières et fonctionne avec une seule reine.
Deux mots de vocabulaire, utiles pour la suite : on parle de gyne pour une femelle reproductrice pas encore fécondée, et de reine une fois qu’elle l’est. Une gyne non fécondée ne fondera jamais de colonie, et c’est la première cause d’échec chez les débutants.
Comment reconnaître Lasius niger d’une espèce proche ?
Le critère le plus fiable pour un éleveur amateur n’est pas la loupe, c’est le lieu de capture. Lasius niger occupe les milieux ouverts, secs et anthropisés, et elle creuse ses nids dans le sol. Une espèce très proche avec laquelle on peut confondre; Lasius platythorax, occupe au contraire les forêts, les tourbières et les zones humides, où elle niche plutôt dans le bois mort. Une gyne ramassée sur un trottoir ou dans un jardin est presque toujours une Lasius niger ; une gyne ramassée en sous-bois humide a de bonnes chances d’être une Lasius platythorax.
Les autres Lasius que tu peux croiser en France se distinguent plus facilement : Lasius fuliginosus est noir brillant et niche dans les vieux troncs, Lasius brunneus est nettement bicolore et arboricole, Lasius flavus est jaune et vit sous terre, Lasius emarginatus a le thorax roux contrastant avec la tête et l’abdomen sombres. En pratique, l’élevage de Lasius platythorax se conduit de la même façon que celui de Lasius niger, avec un nid maintenu plus humide.
Existe-t-il des majors chez Lasius niger ?
Non, Lasius niger n’a pas de caste de soldats. Une simple variation de taille existe entre les plus petites, dites minimas, qui apparaissent pendant la fondation, et les ouvrières de colonie établie. Ce que tu observeras avec le temps, c’est une répartition des rôles selon l’âge : les jeunes ouvrières s’occupent du couvain à l’intérieur du nid, les plus âgées partent en fourragement dans l’aire de chasse.
Quelle taille fait une Lasius niger ?
Les ouvrières de Lasius niger mesurent 3 à 5 mm, la gyne 8 à 10 mm, et les mâles ailés sont intermédiaires, autour de 3,5 à 4,5 mm. La différence de gabarit entre une reine et ses ouvrières est spectaculaire dans un tube à essai : impossible de la rater, même sans expérience.
C’est ce dimorphisme qui te sert de test au moment de la capture : une femelle massive et sans ailes est une reine fécondée, prête à fonder. Le mâle, lui, ne vit que quelques jours et ne se garde pas.
Quand a lieu l’essaimage de Lasius niger ?
L’essaimage de Lasius niger a lieu de juillet à août, le plus souvent en fin d’après-midi, après une période de chaleur suivie d’une légère pluie ou d’un orage. L’essaimage, c’est le moment où des milliers de mâles ailés et de gynes ailées s’envolent simultanément pour s’accoupler en vol.

Après l’accouplement, les mâles meurent en quelques jours. Les gynes fécondées retombent au sol, se débarrassent elles-mêmes de leurs ailes et cherchent aussitôt un endroit où fonder. Toute la fenêtre de capture tient dans les heures qui suivent : une reine désailée qui court sur un trottoir est une reine qui vient d’essaimer.
Comment capturer une reine Lasius niger ?
Pour capturer une reine Lasius niger, cherche au sol en juillet ou août, le soir d’une journée chaude et humide, le long des trottoirs, des terrasses, des dallages et des rebords de fenêtres. Tu trouveras des femelles massives qui se promènent seules, sans ailes, à la recherche d’une fissure. Il suffit de les récupérer délicatement dans un petit tube à essai ou avec une pince souple.
Ne capture pas les gynes encore ailées. La majorité ne sont pas encore fécondées et ne fonderont jamais rien. Attends toujours qu’elles aient perdu leurs ailes d’elles-mêmes : une gyne que tu déailles à la main reste stérile.
Cette capture est gratuite, elle ne prélève rien de sensible sur les populations locales (l’immense majorité de ces reines meurent dans les jours qui suivent l’essaimage) et c’est de loin la meilleure façon de commencer. Personnellement, je trouve que c’est aussi la partie la plus formatrice de l’élevage : tu apprends à lire la météo et le comportement d’une espèce avant même d’avoir une colonie.
Comment réussir la fondation en tube à essai ?
Dès la capture, place la reine dans un tube à essai contenant une réserve d’eau bloquée par un tampon de coton, avec un second coton pour fermer le tube. Range le tube au fond d’un placard sombre, à température ambiante, et laisse-la tranquille. La reine Lasius niger fonde en autonomie complète : elle vit sur ses réserves et sur ses muscles alaires, et elle ne mange pratiquement rien pendant les premières semaines.

Les premières ouvrières apparaissent 4 à 8 semaines après la ponte des premiers œufs. Tu verras d’abord de minuscules œufs blancs, puis des larves, puis des nymphes enfermées dans des cocons couleur ivoire, de la taille d’un grain de riz. Cette progression est le meilleur indicateur que ta reine est bien fécondée.
La règle d’or de cette période tient en une phrase : ne la dérange pas. Résiste à l’envie de vérifier tous les jours, une observation par semaine suffit largement. Le stress est la principale cause d’échec à ce stade, devant la déshydratation et la moisissure.
Un point qui revient souvent : Lasius niger est une espèce monogyne, une seule reine par colonie établie. Il arrive pourtant que plusieurs gynes fondent ensemble dans la nature, ce qu’on appelle une fondation pléométrotique. Dès l’émergence des premières ouvrières, elles s’éliminent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une. En élevage, garde donc une gyne par tube.
Quel formicarium choisir pour Lasius niger ?
Lasius niger s’adapte à la quasi-totalité des formicariums du commerce : plâtre, béton cellulaire, résine, plexi. Le vrai critère n’est pas le matériau mais la taille. Une colonie de dix ouvrières dans un nid prévu pour trois mille individus sera stressée, moins productive, et transformera les modules inoccupés en dépotoir. Commence petit, agrandis au fur et à mesure.
Concrètement, pour les premiers mois, le plus simple reste de poser le tube à essai dans une petite boîte transparente. La colonie déménagera d’elle-même dans un nid plus grand quand elle en aura besoin, il n’y a rien à forcer.
À éviter absolument : les fourmilières remplies de gel. Elles paraissent géniales pour observer les fourmis, mais elles ne sont pas adaptées et mènent les colonies à la mort.
L’aire de chasse
L’aire de chasse est l’espace extérieur au nid où les ouvrières sortent chercher de la nourriture. C’est là que tu déposes les aliments et que tu fais le nettoyage. Cette séparation compte, parce qu’elle te permet de retirer les restes alimentaires sans jamais ouvrir le nid ni déranger la reine.

Au début, la petite boîte dans laquelle repose le tube fait très bien l’affaire : les ouvrières en sortent, explorent, récupèrent la nourriture et rentrent. Quand la colonie grossit et que tu passes à un vrai formicarium, l’aire de chasse devient un bac séparé relié au nid par un tuyau. Une simple boîte en plastique convient parfaitement, avec un fond de sable ou de fibre de coco si tu veux quelque chose de plus naturel.
L’anti-évasion
Les Lasius niger sont minuscules et curieuses. Sans anti-évasion, elles sortent, se dispersent dans la pièce et se dessèchent. Trois solutions fonctionnent bien :
- Huile de paraffine en fine bande sur les bords supérieurs : les fourmis glissent et ne peuvent plus grimper
- Talc en poudre : les particules s’accrochent aux pattes et les font tomber
- Grillage très fin sur toutes les ouvertures de ventilation

Personnellement, je préfère la paraffine sur les boîtes transparentes : c’est invisible, facile à appliquer, et il suffit de repasser une couche tous les deux ou trois mois.
Quelle température et quelle humidité pour Lasius niger ?
Lasius niger est une espèce tempérée qui vit très bien à température ambiante dans une maison française, sans aucun chauffage d’appoint. Les paramètres à viser :
- Température en saison : 22 à 26 °C
- Température en diapause : 6 à 10 °C
- Hygrométrie du nid : 50 à 70 %
- Hygrométrie de l’aire de chasse : 30 à 50 %
Le nid doit rester humide, l’aire de chasse peut rester sèche : c’est ce gradient que la colonie exploite pour placer son couvain au bon endroit. Évite surtout les variations brusques et les emplacements proches d’une fenêtre exposée au soleil direct, où la température peut grimper de dix degrés en une heure. La stabilité compte davantage que le respect strict d’une valeur.
Que mange une colonie de Lasius niger ?
Une colonie de Lasius niger a besoin de deux choses, en permanence et séparément : des liquides sucrés pour l’énergie des ouvrières, et des protéines animales pour la ponte de la reine et la croissance des larves. Une colonie qui n’a que du sucre stagne, une colonie qui n’a que des protéines s’épuise.
Les sucres
C’est la nourriture préférée de l’espèce. Dans la nature, Lasius niger est célèbre pour élever des pucerons dont elle récolte le miellat, en les protégeant de leurs prédateurs. En élevage, tu peux proposer :
- eau miellée, une part de miel pour quatre parts d’eau ;
- sirop de sucre dilué ;
- eau sucrée.
Sers toujours les liquides dans un petit tube ou un bouchon rempli de coton pour éviter les noyades, et change-les régulièrement pour couper court aux moisissures.
Les protéines
Les protéines sont indispensables dès l’apparition du couvain. Les meilleures sources en élevage :
- drosophiles fraîchement tuées, la proie la plus pratique à la bonne taille ;
- jeunes grillons coupés en morceaux ;
- petits morceaux de crevette décongelée non assaisonnée ;
- paillettes pour poissons, en dépannage.
Retire les restes au bout de vingt-quatre heures : rien ne moisit plus vite qu’un morceau d’insecte oublié dans une aire de chasse humide. Élever tes propres proies revient beaucoup moins cher que de les acheter, et c’est aussi l’occasion de découvrir un deuxième élevage d’arthropodes en parallèle.
La diapause est-elle obligatoire chez Lasius niger ?
Oui, la diapause est obligatoire chez Lasius niger. C’est une espèce européenne qui a évolué avec des hivers froids : sans repos hivernal, la reine s’épuise prématurément et la colonie décline en quelques années. La diapause est une pause pendant laquelle l’activité de la colonie ralentit presque complètement et la reine cesse de pondre.
- Période : de fin octobre à mars, 3 mois minimum
- Température : 6 à 10 °C, soit le bas d’un réfrigérateur, une cave ou un garage non chauffé
- Alimentation : inutile pendant la diapause, mais nourris bien la colonie les semaines qui précèdent
- Humidité : vérifie une fois par mois que la réserve d’eau ne s’est pas asséchée
Descends et remonte la température progressivement, sur une à deux semaines de chaque côté, plutôt que d’un coup. Au printemps, remets la colonie à température ambiante et reprends l’alimentation normalement. Si tu passes ta première diapause avec une colonie en bonne santé, tu verras la différence dès les semaines suivantes : la reine repart à pleine vitesse et le couvain explose.
Combien de temps vit une colonie de Lasius niger ?
Une reine Lasius niger vit couramment jusqu’à 15 ans en élevage, et la colonie vit exactement aussi longtemps qu’elle : à sa mort, plus rien ne remplace la ponte et la colonie s’éteint en quelques mois. Les ouvrières, elles, vivent un à deux ans et sont remplacées en continu.
Le record documenté chez cette espèce est bien supérieur : une reine Lasius niger maintenue en captivité par l’entomologiste allemand Hermann Appel a vécu 28 ans et 9 mois, observation rapportée par Kutter et Stumper en 1969. C’est la plus longue durée de vie adulte jamais documentée chez un insecte. Autrement dit, une gyne ramassée sur un trottoir cet été peut encore pondre dans vingt ans.

La croissance de la colonie est lente la première année, puis accélère franchement. La reine régule d’ailleurs sa ponte en fonction de l’espace disponible : si le nid est petit, elle pond moins. C’est un mécanisme bien pratique, qui te laisse contrôler la taille de ta colonie sans rien faire d’autre que choisir le volume de son nid. Voici les étapes typiques :
| Stade de la colonie | Installation recommandée |
|---|---|
| Fondation, reine seule | Tube à essai au noir |
| 10 à 50 ouvrières | Tube à essai posé dans une petite boîte |
| 50 à 500 ouvrières | Petit formicarium et aire de chasse |
| Plus de 500 ouvrières | Formicarium complet avec modules d’extension |
La seule vraie difficulté de l’espèce, c’est la patience. Une fondation prend des mois avant de ressembler à quelque chose, et il faut résister à l’envie de vérifier tous les jours. Si tu veux comparer les espèces avant de te lancer, le guide pour débuter un élevage de fourmis passe en revue les alternatives, et Messor barbarus, la moissonneuse française granivore, est l’autre grande espèce de départ.

Super complet merci !
Merci, je suis ravi du résultat !
BONJOUR MOI C’EST POUR MON DEVOIR DE SVT ET J’AI EUX UN 20 SUR 20
Bonne fiche, seule la partie nourriture me semble un peu légère, tu ne mentionnes pas les insectes.
Quelle taille fait ta colonie ?
Bonne continuation
Bonjour dejonghe,
C’est vrai que la partie nourriture est un peu légère, mais tout article est sujet à de futurs améliorations !
Après je n’ai pas mentionné les insectes car ce n’est pas leur source de nourriture principale, mais lorsque je reverrais la fiche c’est probable que cette partie sera améliorée.
Mes colonies de Lasius niger n’ont pas plus de 30 ouvrières.
La préférence pour le miellat est vrai mais elles adorent aussi les insectes. Très important pour la source en protéines. Une mouche disparaît généralement en 24-48h avec une fondation de 40-50 ouvrières.
Quant au choix des insectes, privilégiez les blattes !