La mue, c’est le processus par lequel un arthropode change d’exosquelette pour grandir. Contrairement à nous, ces animaux portent leur squelette à l’extérieur du corps : rigide par définition, il ne peut pas s’étirer avec eux. Pour grandir, ils n’ont pas le choix, il faut en fabriquer un nouveau et se débarrasser de l’ancien. Si tu élèves des insectes, des araignées, des phasmes ou des isopodes, comprendre la mue n’est pas optionnel. C’est souvent là que ça se passe bien, ou que ça se passe mal.
- La mue est obligatoire chez tous les arthropodes pour grandir
- L’exosquelette est rigide : impossible de grandir sans en changer
- Juste après la mue, l’arthropode est mou, blanc et totalement vulnérable
- L’ancienne peau abandonnée s’appelle une exuvie
- Une mue ratée est souvent mortelle : humidité et tranquillité sont essentielles
- Certains membres perdus peuvent repousser après plusieurs mues
Qu’est-ce que l’exosquelette ?
Pour comprendre la mue, il faut d’abord comprendre ce qu’est un exosquelette. Chez les arthropodes, le squelette n’est pas à l’intérieur du corps comme chez nous : il est à l’extérieur. C’est lui qui donne leur forme au corps, protège les organes internes et permet les mouvements via un système de muscles fixés à l’intérieur de cette armure.
Imagine que tu portes une armure de chevalier en permanence. Elle te protège, elle te tient droit, elle fait partie de toi. Mais tu grandis. À un moment, cette armure devient trop petite, elle comprime, elle bloque la croissance. La seule solution : en fabriquer une nouvelle, plus grande, et abandonner l’ancienne. C’est exactement ça, la mue.

Si tu veux aller plus loin sur la biologie des arthropodes en général, j’ai écrit un guide d’introduction complet : comprendre ce que sont les arthropodes, les observer et les élever.
Pourquoi les arthropodes muent-ils ?
La réponse courte : parce qu’ils n’ont pas le choix. Un exosquelette est par nature rigide. Il ne s’étire pas, ne se dilate pas, ne grandit pas avec l’animal. Chaque phase de croissance nécessite donc un nouveau modèle, plus grand, fabriqué en dessous de l’ancien avant que ce dernier soit abandonné. Ils vont produire une nouvelle cuticule.

Ce processus se répète tout au long de la vie de l’animal, du premier stade larvaire jusqu’à l’âge adulte. Le nombre de mues varie selon les espèces : quelques-unes chez une mante religieuse ou un phasme, parfois plus chez certaines araignées par exemple.
La mue porte un nom scientifique : l’ecdysis. Un mot utile à placer en société.
Comment se déroule une mue ?
Quelques jours avant la mue, l’animal va généralement changer de comportement : il mange moins, il bouge moins, il cherche un endroit calme et discret. Chez certaines espèces, on observe un gonflement du corps ou un changement de coloration. C’est le signe que le processus est en cours en dessous de la surface.
Le jour J, l’arthropode va se positionner de façon caractéristique selon son espèce, souvent suspendu (mantes, phasmes, amblypyges) ou allongé (araignées), et commencer à faire sortir son nouveau corps de l’ancien. C’est un effort physique intense. L’animal se contracte, se tortille, s’extrait progressivement. Le processus peut durer de quelques minutes à plusieurs heures selon les espèces et les individus.

Une fois sorti, le nouvel exosquelette est encore mou et clair. Il va progressivement durcir et prendre sa couleur définitive en quelques heures, parfois jusqu’à 48 heures pour les grandes espèces. Pendant toute cette période, l’animal est extrêmement vulnérable.
Mon arthropode est tout blanc : est-ce normal ?
Si tu élèves des insectes depuis un moment, tu es forcément tombé sur un individu entièrement blanc ou beige clair, et tu t’es probablement demandé si tu avais affaire à un albinos.
Lors de mon premier élevage de vers de farine, j’ai trouvé un ténébrion adulte complètement blanc. J’étais convaincu d’avoir un albinos, quelque chose de rare. J’ai voulu le retrouver quelques jours plus tard : disparu. J’ai pensé qu’il s’était fait manger par ses congénères. En réalité, il avait simplement fini de muer et avait pris sa couleur normale. Je cherchais un scarabée blanc dans un bac rempli de scarabées noirs.

Juste après la mue, le nouvel exosquelette est encore mou et non pigmenté. La mélanisation (le processus qui lui donne sa couleur) prend quelques heures à plusieurs jours. Un insecte blanc n’est que très rarement un albinos : la plupart du temps, c’est un individu qui vient de muer.
L’exuvie : qu’est-ce que c’est ?
L’exuvie, c’est l’ancienne peau abandonnée après la mue. Elle garde souvent la forme exacte de l’animal, ce qui peut être troublant : une exuvie d’araignée ressemble trait pour trait à une araignée morte.
Si tu as déjà vu une « araignée morte » recroquevillée dans un coin de toile sans jamais la voir bouger, il y a de bonnes chances que ce soit une exuvie. L’araignée est ailleurs dans la pièce, vivante, et probablement plus grosse qu’avant. Désolé pour les arachnophobes…
Beaucoup d’arthropodes vont consommer leur exuvie juste après la mue. Ce n’est pas un comportement bizarre : l’exuvie contient encore des nutriments, notamment de la chitine, et après l’effort physique d’une mue, l’animal a besoin de récupérer rapidement. Dans un élevage, il est conseillé de laisser l’exuvie accessible à l’animal pendant quelques heures avant de la retirer.

Les avantages de la mue
La mue n’est pas qu’une contrainte : elle offre quelque chose d’assez remarquable. À chaque mue, l’animal peut se régénérer partiellement. Une patte arrachée, une antenne cassée, une blessure ancienne : tout cela peut disparaître ou se reconstruire progressivement au fil des mues suivantes.
Un arthropode qui a perdu une patte ne la récupère pas d’un coup : il faut généralement 3 à 4 mues pour voir un membre repousser à taille normale. Mais le fait que ce soit possible du tout est déjà assez extraordinaire. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas chez les vertébrés.
Les risques liés à la mue
La mue est aussi le moment le plus dangereux de la vie d’un arthropode. Pendant et juste après la mue, l’animal est mou, incapable de fuir, et plus visible qu’à l’ordinaire. Dans la nature, c’est le moment idéal pour un prédateur. Dans un élevage, c’est le moment où les erreurs coûtent cher.
Une mue ratée se produit quand l’animal n’arrive pas à s’extraire complètement de son ancienne peau. Les causes les plus fréquentes :
- Humidité insuffisante : l’ancienne peau ne se ramollit pas assez et colle au nouveau corps. C’est la cause numéro un des mues ratées en élevage.
- Dérangement pendant la mue : une manipulation, un autre insecte qui passe par la, et parfois veut en profiter.
- Blessure préexistante : un membre coincé dans l’ancienne peau peut bloquer toute la sortie.
- Espace insuffisant : certaines espèces ont besoin de hauteur pour muer (mantes suspendues, phasmes accrochés).

Une mue ratée est dans la grande majorité des cas fatale : l’animal reste coincé, incapable de se nourrir ou de se déplacer. C’est d’ailleurs l’une des erreurs les plus communes en élevage d’arthropodes.
Comment bien accompagner la mue de son arthropode
La bonne nouvelle, c’est que la plupart des mues ratées sont évitables. Les règles de base sont simples et valables pour tous les groupes.
Règles générales
- Ne jamais déranger un arthropode en train de muer. Si tu vois que la mue a commencé, tu refermes le terrarium et tu reviens dans quelques heures.
- Retirer les proies vivantes. Un grillon ou une blatte dans le terrarium pendant une mue peut tuer une araignée qui se retrouve sans défense.
- Maintenir une humidité suffisante. Une légère vaporisation des parois la veille d’une mue attendue aide considérablement.
Insectes : mantes, phasmes, grillons
Les mantes religieuses et les phasmes muent suspendus, accrochés à une branche ou au grillage du terrarium. La hauteur disponible est donc critique : je préconise 3 fois la longueur du corps au-dessus du point d’accroche pour que l’animal puisse se laisser tomber et s’extraire correctement. Un terrarium trop bas est l’une des causes principales de mue ratée chez ces espèces.
Pour les grillons et blattes, la mue se fait généralement à l’abri dans une cachette. L’essentiel est d’éviter la surpopulation dans le bac et de s’assurer qu’il y a assez de cachettes pour éviter qu’ils ne s’entre-dévorent pas pendant leur vulnérabilité post-mue.

Arachnides : les araignées et mygales
Les araignées, contrairement aux insectes, muent souvent allongées sur le dos. Si tu trouves ton araignée sur le dos, immobile, ne panique pas : elle n’est probablement pas morte, elle est en train de muer. Laisse la faire, ne la touche pas.
Chez les mygales, les mues peuvent être particulièrement longues (plusieurs heures) et espacées dans le temps. Une mygale adulte peut mettre une à deux semaines à récupérer pleinement après une mue. Pendant cette période, elle ne mangera pas et ne devra pas être nourrie.
Isopodes et myriapodes
Les isopodes comme les cloportes ont une particularité intéressante : ils muent en deux temps. La partie arrière du corps mue en premier, puis la partie avant. Pendant cette période de transition, l’animal présente une coloration bicolore qui peut sembler étrange mais est tout à fait normale.
Les myriapodes (mille-pattes) muent eux aussi, et comme chez les araignées, les adultes continuent à muer tout au long de leur vie. C’est d’ailleurs l’occasion pour eux d’ajouter de nouveaux segments et donc de nouvelles pattes à chaque mue.
Aller encore plus loin
La mue est un sujet transversal : chaque espèce que tu élèves a ses propres particularités. Voici les guides qui te permettront d’approfondir selon les animaux que tu as chez toi.
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Pose ta question dans les commentaires si tu as observé quelque chose d’inhabituel pendant la mue d’un de tes animaux.
Remerciements photos : Mathieu Pierret (Hiding Scales), Jordan Cadiot, Chris Barker, Eli Castro, Cain Eyre, Abbey Hayes.