Élevage d’insectes : quelles boîtes prévoir chez toi
Un élevage d’insectes demande beaucoup moins de place qu’on ne le croit : une étagère de 80 cm de large accueille sans difficulté 10 à 15 boîtes, soit largement de quoi tenir plusieurs espèces et leurs insectes nourriciers. Voici quelle boîte choisir et comment uniformiser tes formats.
Des Faunabox alignées sur une étagère – Aubin Bernard
Les infos utiles
Uniformiser les contenants fait gagner plus de place que réduire le nombre d’animaux. Une boîte standard s’empile ; une boîte unique ne se range nulle part.
Combien de place faut-il vraiment pour élever des insectes ?
Une étagère de bibliothèque standard, environ 80 cm de large sur 30 cm de profondeur, suffit à loger 10 à 15 boîtes d’élevage et donc 5 à 8 espèces avec leurs élevages nourriciers. La contrainte réelle n’est donc pas la surface au sol, elle est verticale : la plupart des élevages d’arthropodes peuvent s’empiler.
C’est la première chose à comprendre avant d’acheter quoi que ce soit. Une mante adulte occupe un volume de 20 x 20 x 20 cm, un phasme géant peut avoir besoin de 60 cm de hauteur, une colonie d’isopodes tient dans une boîte à chaussures. Ramené à l’espace d’un appartement, un élevage complet représente le volume d’une petite bibliothèque, pas celui d’une pièce.
Le bazar apparaît quand tu accumules une boîte de récupération ici, un terrarium en verre là, un pot de yaourt percé pour les jeunes, une barquette pour les drosophiles. Rien ne s’empile, rien ne s’aligne, et un volume qui aurait tenu sur deux étagères en occupe six.
Faut-il dédier une pièce à ses élevages ?
Dès que tu dépasses environ cinq espèces ou que tu produis tes propres insectes nourriciers, oui : mieux vaut un espace dédié, même petit, qu’une dispersion dans les pièces de vie. Cela peut être un placard, un couloir, une buanderie, un garage isolé. En dessous de cinq espèces sans nourriciers, une étagère dans une pièce de vie reste parfaitement gérable.
Cela paraît contradictoire de vouloir gagner de la place en consacrant une surface entière aux élevages, mais la logique est ailleurs. Élever des arthropodes, c’est manipuler du substrat, du feuillage et de l’eau. Il y a toujours un peu de terreau à côté du bac, des odeurs quand une boîte de nourriciers vieillit, et parfois des drosophiles échappées.
J’ai fait l’expérience inverse pendant des années. Mon studio de 17 m² était rempli jusqu’au plafond, avec des boîtes d’élevage jusque sur les plaques de cuisson. Chaque nettoyage est devenu un calvaire et prenait plusieurs heures. Mais le jour où mes élevages ont eu leur propre espace, j’ai recommencé à aller m’en occuper par plaisir et non par obligation.
L’un des bénéfice d’un espace dédié est la chaleur. Chauffer une petite pièce à 24°C coûte beaucoup moins cher que chauffer dix terrariums individuellement, et tu supprimes du même coup dix câbles, dix tapis chauffants et dix thermostats. Tu regroupes ensuite tes boîtes par besoin : les espèces tropicales humides ensemble, les espèces tempérées sèches ensemble.

Quelle boîte d’élevage choisir selon le groupe ?
En général la hauteur intérieure doit être au moins trois fois la longueur de l’animal adulte, car c’est la hauteur nécessaire pour qu’il puisse se suspendre et sortir de son exuvie. Une boîte trop basse provoque des mues ratées, et une mue ratée entraîne souvent la mort. Tout le reste, volume et surface au sol, dépend du mode de vie de l’espèce.
Voici les formats que j’utilise, ceci correspond à mes besoins et tu peux bien-sûr modifier à ta guise.
| Groupe | Contenant conseillé | Dimensions minimales | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Mantes juvéniles (L1 à L3) | Boîte à drosophiles ou gobelet ventilé | 7 x 7 x 12 cm | Maille fine sur le couvercle |
| Mantes adultes de taille moyenne | Braplast 20 x 20 x 20 avec paroi grillagée | 20 x 20 x 20 cm | Prévoir un point d’accroche au plafond de la boîte |
| Grandes mantes (mante orchidée, Hierodula) | Terrarium en verre | 30 x 30 x 45 cm | Possible de planter pour un rendu naturel |
| Phasmes de taille moyenne | Terrarium en verre ou flexarium | 30 x 30 x 45 cm | La hauteur prime toujours sur la surface au sol |
| Phasmes géants (Heteropteryx dilatata) | Terrarium haut, verre ou bois et grillage | 40 x 40 x 60 cm | La taille dépend de l’espèce et du nombre d’individus |
| Blattes nourricières | Boîte de rangement plastique opaque | 20 à 60 L | Paroi lisse ou bande de vaseline pour les espèces qui grimpent |
| Blattes de compagnie | Boîte de rangement à couvercle clipsé | 30 x 20 x 20 cm | Couvercle verrouillé et bande de vaseline |
| Isopodes / cloportes | Boîte plastique basse à couvercle | 3 à 10 L | Une zone humide et une zone sèche dans le même bac |
| Myriapodes (iules) | Bac de rangement profond | 20 à 40 L, substrat 15 à 20 cm | Le volume de substrat compte plus que la surface |
| Araignées sauteuses | Boîte acrylique verticale à ouverture frontale | 10 x 10 x 15 cm | Ouvrir par devant, jamais par le dessus |
| Amblypyges | Boîte ou terrarium vertical | 20 x 20 x 30 cm | Écorce verticale ou plaque de liège sur toute la hauteur |
| Escargots géants | Grand terrarium | 90 x 45 x 60 cm | Substrat de 15 cm |
| Crabes vampires | Paludarium, partie terrestre et partie en eau | 30 x 30 x 30 cm | Besoin de 80% terrestre + 20% eau |
| Fourmis | Formicarium + aire de chasse | 20 x 20 cm pour une petite colonie | Doit pouvoir se déplacer pour l’hiver |
| Drosophiles | Boîte à drosophiles à couvercle anti-fuite | 0,5 à 1 L | Format empilable |
| Grillons et criquets | Bac de rangement + boîtes à œufs verticales | 40 à 60 L | Le plus bruyant et le plus odorant : à isoler en priorité |
| Vers de farine | Boîtes de rangement plates empilables | 40 x 30 x 15 cm | Bacs plats et non profonds mais beaucoup d’aération pour éviter la condensation |
| Mygales terrestres | Braplast 20 x 20 x 20 ou boîte plate équivalente | 20 x 20 x 20 cm | Hauteur de chute limitée : l’abdomen est fragile |
Pourquoi uniformiser ses contenants change tout
Passer de 50 contenants différents à 4 ou 5 formats standards est le geste qui fait gagner le plus de place. Des boîtes identiques s’empilent sans perte d’espace entre elles, se rangent en bloc et se remplacent si elles sont abimées. Des contenants dépareillés laissent partout des vides inutilisables et t’obligent à déplacer trois boîtes pour en atteindre une.
Attention : chaque espèce a des besoins différents. Que ce soit la température, l’humidité ou le substrat, mais concernant le terrarium ou le contenant lui-même il a peu d’importance. Une même boîte de 20 x 20 x 20 cm peut accueillir une mante, une amblypyge ou une colonie de blattes.
Voici les cinq formats que j’utilise :
- Boîte à drosophiles : juvéniles, drosophiles, petites araignées.
- Braplast 20 x 20 x 20 cm : Mantes, petites colonies de blattes ou isopodes. Empilable, ventilable, disponible en série.
- Terrarium en verre 30 x 30 x 45 cm : pour les espèces comme les phasmes ou les élevages que je veux décorer.
- Boîtes de rangement plastique de tailles variées : de 3 à 60 litres, pour les nourriciers, les isopodes, les myriapodes et les escargots.
- Boîtes plates empilables : vers de farine et tout ce qui vit dans un substrat peu profond.
Un dernier avantage : quand tous tes contenants se ressemblent, tu vois immédiatement celui qui cloche. La boîte plus sale, celle dont la ventilation est bouchée, celle que tu as oublié de brumiser. Sur un mur de boîtes identiques, on voit vite les problèmes.

Rack, étagère ou empilement : comment ranger ses boîtes
L’étagère métallique à tablettes réglables qu’on trouve pour les garages ou le bricolage est le format que je préfère : elle se règle selon la hauteur de tes boîtes, elle supporte les charges lourdes de bacs pleins de substrat, et elle ne craint pas l’humidité. Par exemple, une étagère de 90 x 40 cm sur cinq niveaux occupe 0,36 m² au sol et te donne 1,8 m² de surface utile.
Reste la règle la plus bête et la plus efficace : ranger derrière soi. Dur de l’appliquer car au fond je suis plutôt bordélique. Tu changes le feuillage de tes phasmes, tu poses le sécateur sur un terrarium et tu passes à autre chose. Puis un gant, puis une boîte vide, puis un sac de terreau. En quelques semaines, la surface de travail a disparu et le moindre nettoyage commence par une heure de rangement. Une place pour chaque outil, on s’organise et on range (cette règle s’applique aussi pour moi).
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Disponible sur Amazon : 17,90 €Ce que le travail en élevage standardisé m’a appris
En janvier 2020, je suis allé passer une journée dans un élevage de coléoptères standardisé, à Le Molay-Littry près de Bayeux. Une seule pièce, un ancien garage, et environ un millier d’animaux dedans, dont des espèces alors uniques en Europe. Cette visite m’a montré qu’on pouvait élever un nombre incroyable d’insectes dans un petit espace.
Pierre Girard, l’éleveur de coléoptères
Pierre Girard a fondé Beetles House au Molay-Littry, et a vécu de l’élevage de coléoptères pendant plusieurs années. Il élevait environ un millier d’animaux dans un local unique, du lucane commun aux espèces les plus recherchées du hobby, en travaillant avec des pots identiques rangés en colonnes.
C’est lui qui m’a accompagné sur la préparation de mon livre : Recueil d’un Entomologiste – Élevage de cétoines, en apportant des conseils de terrain que je n’aurais pas eus autrement. Il a depuis cédé son activité : l’enseigne Beetles House existe toujours mais je ne connais pas les nouveaux propriétaires.
Ce qui m’a frappé en entrant, c’est l’absence totale de terrariums décoratifs. Que des pots opaques, tous au même format, alignés du sol au plafond, chacun avec son étiquette. Pierre a sorti ses boîtes une par une pour me montrer les animaux, sans jamais avoir à déplacer une pile ni à chercher. Une salle d’élevage n’est pas une salle d’exposition, et c’est exactement ce qui lui permettait de tenir cette densité.
Cette standardisation n’empêche rien, pas même l’ambition. Un Dynastes hercules de près de 15 cm de long se développe très bien dans un pot standard. Le contenant n’est jamais la limite : c’est le substrat, la température et la patience qui font l’élevage.



En 2021 j’ai rejoint Innovafeed, une entreprise spécialisée en production industrielle de Hermetia illucens, aussi connues sous le nom de mouches soldats noires ou vers calcium. Chez Innovafeed je m’occupais justement du maintien de la colonie standardisée de recherche et développement. Mon rôle était d’apporter des larves les plus standards possible afin de permettre aux chercheurs d’expérimenter de nouvelles procédures d’élevage (la composition du substrat, la chaleur de maintien, la taille des bacs d’élevage, etc.)
Et en 2023, je suis parti en Thaïlande pour devenir le directeur entomologie de Flylab. De la même façon, mon rôle à été de piloter un élevage industriel et d’optimiser tous les paramètres de maintien en milieu tropical pour Hermetia illucens.
Ces deux expériences m’ont beaucoup appris sur l’élevage standardisé, et sur les problèmes qu’il crée : accumulation de chaleur ou d’humidité dans les bacs, choix des contenants. Dans une usine, chaque centimètre compte, donc rien n’est fait au hasard. Je ne veux pas produire industriellement chez moi, mais ça me permet de revoir mes façons d’élever.
Si le sujet de l’élevage industriel t’intéresse, j’ai consacré un article au symposium qui m’a fait basculer dans ce secteur, avec mon regard actuel sur ce qui s’est réellement passé depuis.
Les erreurs qui font exploser ton espace
Trois erreurs suffisent à transformer un élevage maîtrisé en accumulation ingérable, et elles se commettent presque toujours dans le même ordre.
- Acheter le contenant après l’animal. Tu ramènes une espèce d’une bourse, tu improvises un contenant de récupération pour la semaine, et ce provisoire dure trois ans. Choisis ton format avant, pas après. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes à l’achat d’un animal exotique.
- Sur-dimensionner par précaution. Un terrarium deux fois trop grand ne rend pas l’animal plus heureux : il peut même finir par compliquer le maintien de l’humidité, ou rendre les proies introuvables pour les prédateurs. Vise le contenant juste, sans oublier de prendre en compte le bien-être animal.
- Garder chaque contenant vide « au cas où ». Comme au jardinage avec les pots en plastique. Les boîtes vides pour tes insectes finissent empilées dans un coin et prennent autant de place que les élevages. Si tu as uniformisé tes formats, une réserve s’emboite ou s’empile sans prendre beaucoup de place.
Une quatrième erreur : essayer de collectionner toutes les espèces à la mode. Je suis le premier à vouloir les attraper tous, mais on finit aussi par en délaisser certains, ils traînent et ne vivent donc pas dans les meilleures conditions. Avant d’en ajouter une, demande-toi où elle va se ranger et quand tu vas t’en occuper. Si tu débutes, ces bases sur les arthropodes et leur élevage t’aideront à comprendre leurs besoins.
Aller encore plus loin
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Merci à Pierre Girard de m'avoir ouvert les portes de son élevage et de m'avoir consacré une journée entière à m'expliquer ses méthodes, boîte par boîte.
